LA VERITE SUR QUINTA INDUSTRIES

Lorsqu’un secteur clé de l’Industrie Audiovisuelle a besoin d’un sauveteur il vaut apparemment mieux que celui-ci soit né d’un côté de la Méditerranée que de l’autre. Un bref rappel des évènements qui ont marqué le secteur des industries techniques (Post Production Image et Son, Trucages, Tirage de Copies) au cours des 10 dernières années montrera les difficultés qu’à rencontrées M. Ben Ammar dans la poursuite d’un objectif simple : doter à la France, premier producteur européen dans le cinéma, d’une Industrie Technique pérenne et compétitive.

L’Histoire commence en 2002

Les Industries Techniques sont alors dominées par 2 acteurs principaux. LTC et Eclair, Eclair était un groupe florissant alors que LTC rencontrait de sérieuses difficultés, au point de se retrouver en mandat « ad hoc », l’anti-chambre du dépôt de bilan.

C’est alors que Tarak Ben Ammar intervient pour sauver ce groupe, en ayant en vue une prochaine incursion chez Eclair pour consolider les 2 leaders de l’industrie. En attendant, c’étaient 400 emplois de sauvés, €5 millions injectés et une nouvelle dynamique retrouvée grâce à l’apport de chiffres d’affaires qu’il allait apporter par les films qu’il produisait.

Mais déjà des réserves se faisant entendre dans le métier : « que vient faire Tarak Ben Ammar dans cette industrie, si franco-française ? »Eclair appartenant à la dynastie Dormoy et LTC état naguère la propriété de Vivendi.

Le 2ème jalon de l’édifice allait être l’entreprise Duran Duboi qui était, elle, en dépôt de bilan. Ce joyau de l’industrie numérique naissante a pu être sauvée par Tarak Ben Ammar grâce à un apport en argent frais de €3 millions avec, au passage, 150 emplois hautement qualifiés sauvegardés.

Enfin, pour doter la France de studios et de locaux de postproduction d’un standard international, TBA investit dans la Cité du Cinéma, l’ambitieux projet de Luc Besson, et convainc le groupe Bolloré d’en faire autant.

Pour donner une cohérence financière et technique, Tarak Ben Ammar s’est alors rapproché du leader mondial de l’industrie, Technicolor. Après avoir conclu avec lui un accord de « coopération », une prise de participation minoritaire est décidée en 2006.

Les 2 parties établissent un plan d’action clair : prise du contrôle d’Eclair fusion des 2 groupes et cession à Technicolor pour créer un grand laboratoire tourné vers l’international grâce au réseau international de Technicolor.Déjà l’annonce de cette prise de participation a entrainé des grincements de dents dans le métier. En effet, les producteurs français, au nom de l’exception culturelle, avaient pris l’habitude d’imposer des conditions de paiement elles aussi exceptionnelles : 200 jours en moyenne et souvent plus grâce à des moratoires. Avec Technicolor cette souplesse serait peut-être durcie…

 

Le plan d’action envisagé se met rapidement en route. En 2007, Tarak Ben Ammar met un pied dans Eclair en prenant une participation de 43% puis engage des négociations en vue de la fusion des 2 entités. Cette fusion devenant une urgente nécessité en raison de l’apparition des process numériques qui allaient progressivement faire décliner l’activité photochimique des 2 labos, principale source de leurs profits. Une consolidation s’imposait et était conditionnée à l’accord des autorités de la Concurrence.

 

C’est là que les masques tombent : comment pouvait-on envisager que Tarak Ben Ammar puisse maintenant contrôler le seul laboratoire français de taille internationale et qui stockait la totalité du patrimoine cinématographique français que, murmure-t-on, il allait déménager en Tunisie. « Un danger pour le cinéma français ! » s’exclame publiquement le ministère de la Culture. Tous les lobbies s’affairent autour de Bercy pour faire capoter la fusion. Et ils réussissent. La fusion est bloquée. Qu’importe le champ de ruines qui va en découler ! GTC filiale d’Eclair est liquidée, Eclair entre en « Plan de Sauvegarde » et LTC rencontre ses premières difficultés. Car, pour donner le coup de grâce, le Centre National du Cinéma, procède à un programme de subventions pour la numérisation des salles sans équivalent en Europe, précipitant la chute des laboratoires photochimiques que sont Eclair et LTC.

Pendant ce temps, Technicolor, avec l’arrivée d’une nouvelle direction, change son fusil d’épaule et mise sur l’échec de LTC pour pouvoir reprendre les actifs à vil prix. Il « fait semblant » de négocier avec Quinta l’achat des labos, entreprend des études détaillées à l’intérieur de la société pour mieux en connaitre tous les secrets, techniques et commerciaux, pour, en Avril 2011, annoncer qu’il n’achètera rien. Le prétexte avancé est risible : « Notre plan de Sauvegarde ne nous permet pas de procéder à l’acquisition », comme si cette contrainte leur était inconnue au début des pourparlers. Evidemment, Technicolor même sollicité par le Ministère de l’Economie, refuse de jouer son rôle d’actionnaire et de renflouer la société. Tarak Ben Ammar tente alors un dernier baroud d’honneur pour sauver son entreprise. Il se tourne vers les pouvoirs publics et les banques, tout en injectant des millions d’euros pour donner de l’oxygène à l’entreprise. Entre temps le gouvernement a annoncé en Mai 2011 à Cannes un programme de numérisation du patrimoine français qui promettait d’être une planche de salut pour les laboratoires. Il ne restait plus qu’à trouver une dizaine de millions d’euros pour tenir le cap jusqu’à l’arrivée de la numérisation.

Les banques, avec à leur tête BNP, gros créancier de Technicolor, disent poliment non. Peu après, l’annonce de la suspension du programme de numérisation est faite. Le rideau tombe.

Cet épisode de 10 ans aura tout de même permis de payer €100 millions de salaires à des employés, et €80 millions de charges sociales. Il a surtout permis à plusieurs centaines de films Français d’être post produits en France plutôt qu’à l’étranger, et notamment le film qui fait aujourd’hui la fierté du cinéma Français, « The Artist ». A ce propos, ce film n’a pu être nominé à 10 Oscars que grâce à l’extraordinaire promotion de la Weinstein Company….dont Tarak Ben Ammar est administrateur après avoir été l’un des co-fondateurs.

Un boulevard s’ouvre pour Technicolor qui s’accapare à la barre du Tribunal les pépites du Groupe pour une bouchée de pain, laissant à l’écart les créanciers et une centaine de salariés.

Pour remercier la loyauté de ces derniers, sans qu’il en ait la moindre obligation, Tarak Ben Ammar leur verse €1 million (soit €9.000 par employé en plus des indemnités légales de €30.000)

Décidément, pour sauver les industries techniques françaises, Frédéric Rose, Directeur Général de Technicolor, est un nom plus séant que Tarak Ben Ammar.

 

Tarak BEN AMMAR

Source : Quinta Communications